Déclaration liminaire de la FCPE 91 au CDEN du Lundi 20 Avril 2020

28 avril 2020
Par

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Déclaration de la FCPE 91 au CDEN du 20 Avril 2020

Monsieur le Préfet,
Madame la Directrice Académique des services de l’Education Nationale,
Monsieur le Président Délégué du Conseil départemental en charge des collèges,
Mesdames, Messieurs les membres du CDEN,

Notre pays est dans sa 5e semaine de confinement et désormais l’ensemble de la société se réorganise dans cette période anxiogène.
Dans la vraie vie sous confinement, les élèves, nos enfants font face à la « discontinuité pédagogique ». Ils vivent eux aussi le confinement, la maladie, pour eux-mêmes ou pour leurs proches.

Les disparités sociales comme territoriales accentuent les inégalités. Les inégalités sociales produisent de l’inégalité scolaire. La situation de confinement est un révélateur de ces inégalités et même les exacerbe. Comme l’a souligné Jean Paul Delahaye, ancien DGESCO dans une tribune parue la semaine dernière « le confinement est une catastrophe pour les plus pauvres»! La fermeture des écoles isole une population défavorisée, privée de « continuité pédagogique ».

Depuis l’annonce de la fermeture des établissements, notre fédération n’a cessé de marteler que toutes les familles n’ont pas une connexion informatique, du matériel informatique adéquat chez elles, bon nombre de jeunes n’ont pour tout matériel connecté qu’un smartphone. Elles n’ont pas un accès à un réseau numérique de qualité ou la facilité et le temps d’accompagner leurs enfants dans cette scolarité à la maison.

La FCPE91 a reçu de nombreux témoignages à ce sujet, spontanés, mais aussi via notre enquête lancée à l’entrée de la 3e semaine de confinement, plusieurs centaines de réponses à ce jour !

De nombreux témoignages qui soulignent les multiples difficultés rencontrées par les familles sur le terrain du quotidien : d’accès au numérique (1 ordinateur pour 4, avec des parents en télétravail), de connexion, des difficultés pour conjuguer travail, télétravail et suivi scolaire, la trop grande diversité des supports, le coût de ces devoirs à la maison (impressions à foison), le temps de devoir trop important tout particulièrement dans le 1er degré, une liste à la Prévert à laquelle on peut ajouter la gestion du stress, de l’angoisse et le déclin de la motivation des jeunes, favorisé par l’isolement ! Et ne parlons pas du RGPD avec la multiplication des usages improvisés sur des plateformes plus ou moins agréées en utilisant les emails de mineurs.

Bien sûr, les parents ont répondu présent pour accompagner leurs enfants dans ce processus de l’école à la maison. Mais voilà, ils n’en peuvent plus ! Ils disent stop à la pression qui s’exerce sur eux et leurs enfants. Une pression qui peut avoir des effets dramatiques dans cette période de confinement.
La pandémie a bouleversé tous les calendriers sauf celui de parcoursup dont la limite de confirmation des vœux était le 2 avril à minuit, comment tous les jeunes ont-ils pu terminer de compléter les dossiers sans pouvoir solliciter de l’aide des professeurs ou du psyEN dans des conditions normales.

La pandémie a bouleversé le calendrier des examens, ainsi, l’obtention des diplômes se fera sur la base exclusive et exceptionnelle du contrôle continu sans prendre en compte les notes obtenues durant la période du confinement. Cette solution, sans doute imparfaite, était à notre sens la moins mauvaise face à une « discontinuité » pédagogique. Nous demandons aux commissions pédagogiques une bienveillance accrue.

En revanche, nous regrettons que les oraux du bac français soient tout de même organisés à la fin du mois de juin-début juillet. Tous n’auront pas eu la possibilité de préparer avec leur professeur les 15 textes prévus pour cet oral. Et comment garantir la sécurité sanitaire ?

Nous regrettons aussi la prise en compte des E3C1 et E3C3 et la solution avancée d’une moyenne des notes de ces sessions. Nous avons en tête les difficultés dans le déroulement des E3C1 comme celles que rencontrent encore certains élèves de première dans les menaces de notes sanctions. L’après pandémie, sera consacrée aux apprentissages avant toute forme d’évaluation.

Nous souhaitons rappeler que notre fédération appelle à :

-L’arrêt des notes données aux élèves en cette période de confinement
-L’allégement des travaux à réaliser à la maison
-La garantie d’une reprise des cours là où les enseignants les avaient arrêtés le 16mars dernier

Enfin une reprise progressive vient d’être annoncée, et pour cela il faudra que la sécurité sanitaire soit garantie !

Beaucoup de questions à ce jour, mais comment imaginer une reprise sereine et même possible dans un lieu synonyme de promiscuité (transports scolaires, classes surchargées, restauration scolaire, internat…) !

Nous réclamons – et ceci depuis des années – dans tous les établissements : du savon, des sèche-mains, l’accès aux toilettes, la présence d’une assistance psychologique, une médecine scolaire effective !

Comment garantir la distanciation sociale entre les élèves après 2 mois de confinement, pourtant essentielle pour la santé des élèves, des personnels et des familles ?

Nous sommes inquiets face à une telle annonce. Les enfants peuvent se contaminer entre eux, contaminer leur entourage.

Est-ce que 2 mois d’apprentissage valent le risque de la contamination ?

Nous demandons que jusqu’aux vacances d’été la continuité pédagogique soit assurée pour les élèves dont les familles feraient le choix de ne pas leur faire reprendre le chemin de l’école et que ces élèves ne soient pas sanctionnés pour non assiduité !

Enfin il faudra renouer avec le collectif, retrouver ses camarades, ses enseignant.e.s cela constitue un élément de la résilience, et supposa d’y consacrer du temps !

Alors que la continuité pédagogique préoccupe la société durant cette crise sanitaire sans précédent, cette dimension prend sens quand on évoque l’Ecole inclusive.
L’inclusion scolaire des enfants à besoins particuliers est depuis toujours au cœur de nos revendications. Et nous soutenons la volonté de l’Education Nationale et du Conseil Départemental d’aller dans ce sens.
Cependant, au lendemain de la présentation de la DGH dans les établissements de l’Essonne, nous sommes très inquiets quant aux moyens alloués à ce grand projet.
A la rentrée prochaine tous les niveaux frôlent les 30 élèves par classe dans les collèges. Impossible dans ces conditions d’inclure les élèves de SEGPA et d’ULIS dans les classes généralistes.
Pourquoi s’obstiner à ne pas comptabiliser les effectifs d’élèves d’ULIS et de SEGPA dans leur classe généraliste de rattachement ?

Au lendemain des annonces faites par le Président de la République lors de la conférence Nationale du Handicap, nous déplorons le décalage qui semble exister entre le discours « école inclusive » et l’absence de moyens accordées aux établissements concernés par ces inclusions.
Nous suivons et soutenons de nombreuses familles, les parents d’élèves sont très inquiets.
Il en est de même pour les classes SEGPA.

Concernant la carte scolaire, nous le savons d’ores et déjà, la pandémie oblige dès à présent les gouvernements à repenser la place et l’importance des services publics, qui sont la colonne vertébrale de l’organisation de notre société. La FCPE a toujours réclamé une réflexion autour de l’Ecole, du projet pédagogique, des moyens qui lui sont alloués, et nous pensons que cette crise sanitaire est le moment, enfin, de changer les choses.

On ne pourra pas faire semblant, à l’instar de notre Ministre, et penser que tout doit continuer comme avant. Notre objectif ne sera pas de retrouver l’Ecole d’avant, mais bien de construire celle de demain. Il faudra réfléchir aux moyens dont elle a besoin et non pas de comment trouver ces moyens : d’ailleurs, quand l’urgence est là, le « comment » devient secondaire et se solutionne de toute façon, la FCPE ne peut que saluer l’effort engagé. L’après-confinement devra faire fi des seules logiques comptables et investir massivement dans des mesures d’accompagnement tant éducatives que psychologiques.

Imaginer reprendre des cours avec des classes aussi surchargées que les années passées avec des enfants qui ont subi le traumatisme de la pandémie serait irresponsable. Cela veut dire qu’il faut penser des effectifs allégés, donc sans fermetures de classes sur tout notre territoire.
L’Ecole doit redevenir ce service public fondamental, pilier de notre société :

– Au service de tous
– Au plus près de tous
– Au bénéfice de tous

Pour ce faire, la carte scolaire ne pourra pas s’appliquer telle qu’elle avait été élaborée en décembre 2019. Le contexte s’est radicalement transformé depuis et il doit être pris en compte :

– Impossibilité de finaliser les inscriptions pour certains, et non prise en compte des déménagements.
– Fermeture des établissements scolaires
– Continuité pédagogique favorisant le décrochage scolaire et nécessitant un rattrapage des compétences de la maternelle à la terminale.

Nous exigeons le renforcement des moyens dans les 1er et 2nd degrés et l’arrêt immédiat des mesures de cartes scolaires dans le 1er et 2nd degré prises avant le confinement : cela implique l’arrêt des fermetures et la confirmation des ouvertures, une baisse des effectifs dans les classes, des personnels d’accompagnement confortés…
Pour que la reprise de l’enseignement se passe dans les meilleures conditions possibles, pour commencer à réinventer cette Autre école qui permette à nos enfants de mieux appréhender le monde de demain, nous voulons :

– Systématiser les classes à multi-niveaux double, ou le travail par cycle
– Organiser des classes à effectifs réduits et sortir des quotas standards de l’Éducation nationale ainsi que dans le 1er degré, car avec la poursuite de dédoublement pour les REP et REP+, les effectifs sur les autres niveaux explosent !
– Renforcer les moyens d’accompagnement en personnels éducatifs, sociaux, sanitaires et médicaux
– Structurer et prévoir les remplacements
– Augmenter le nombre de places pour les concours MEEF1 et 2
– Ouvrir pleinement la poursuite des parcours scolaires et universitaires

Les gels ou les moratoires ne suffiront pas à répondre aux besoins, car ils conduiront automatiquement à des suppressions de poste en intervenant sur les postes surnuméraires ou non présentiels.
Il faut donner au système éducatif les moyens de contribuer à la résilience sociale en prenant le temps de l’écoute, de l’émotion, de restaurer le lien social, de compenser la très grande hétérogénéité des acquis tout en renouant le dialogue avec les décrocheurs… Pour cela, et compte tenu de l’Etat d’urgence sanitaire de notre pays, nous demandons pour les cartes scolaires :

– Le renforcement des moyens alloués aux établissements scolaires des 1er et 2nd degré, aussi bien éducatifs que sociaux et médicaux
– L’annulation de toutes les fermetures de classes ou d’écoles à la rentrée 2020. Les ouvertures sont à confirmer
– Le report des décisions concernant la carte scolaire
– La garantie de la participation effective des représentants de parents d’élèves dans la phase de consultation et prise de décision en amont
– La réception de tous les documents suffisamment longtemps à l’avance afin de pouvoir y travailler et de proposer des solutions alternatives.

En Conclusion, il est primordial de donner du sens à ces changements et des réponses aux problématiques soulignées par cette crise sanitaire. Tout cela doit s’effectuer de façon collégiale et ne doit pas être ramené à des difficultés et des freins budgétaires.

Pour la FCPE Essonne

Samir ALIOUA
Président de la FCPE Essonne

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